Il y a ce moment que beaucoup de parents connaissent. L'enfant est penché sur son livre, il bute sur un mot, puis sur le suivant, il recommence la ligne, se trompe encore. On voit le découragement monter, parfois les larmes. Et nous, à côté, on voudrait aider, mais on ne sait pas comment. On a peur de mal faire, d'ajouter de la pression, ou d'empéter sur le travail de l'orthophoniste.
Si vous vous reconnaissez, cet article est pour vous. Je ne suis pas orthophoniste, et je vais être clair là-dessus dès le départ : ce que je partage ici, ce sont des pistes de confort et d'accompagnement, glanées en me plongeant dans le sujet et en échangeant avec des professionnels. Rien qui remplace un suivi spécialisé. Mais il existe une vraie place pour le parent, à la maison, et de vrais gestes qui peuvent alléger la lecture d'un enfant dyslexique. C'est de cette place-là que je veux vous parler.
D'abord, à quoi sert le parent à la maison
Posons une chose essentielle avant tout le reste, parce qu'elle va vous soulager. À la maison, vous n'êtes pas là pour rééduquer votre enfant. La rééducation de la dyslexie, c'est le métier de l'orthophoniste, un travail précis, technique, qui demande des années de formation. Ce n'est ni votre rôle, ni votre responsabilité, et vouloir jouer ce rôle vous épuiserait tous les deux.
Votre rôle à vous est différent, et il est précieux : créer autour de la lecture un environnement bienveillant et confortable. Faire en sorte que, à la maison, lire ne rime pas avec échec, effort douloureux et évaluation, mais avec plaisir, calme et complicité. Pendant que l'orthophoniste travaille le mécanisme, vous, vous entretenez le goût et la confiance. Les deux sont complémentaires, et aucun ne remplace l'autre.
Gardez donc cette distinction en tête tout au long de ce qui suit. Les pistes que je vais donner ne sont pas des exercices de rééducation. Ce sont des façons de rendre la lecture moins pénible et plus accueillante, pour que votre enfant garde l'envie d'ouvrir un livre malgré la difficulté.
Alléger ce que l'œil doit affronter
Une grande partie de la difficulté, chez un enfant dyslexique, se joue au niveau de ce que l'œil doit décoder. Le texte, tel qu'il est imprimé d'ordinaire, peut être une épreuve. Plusieurs ajustements simples peuvent l'alléger.
La police de caractères. Certaines polices sont réputées plus confortables pour les lecteurs dys, parce qu'elles distinguent mieux les lettres qui se ressemblent, le b et le d, le p et le q. La plus connue s'appelle OpenDyslexic, elle est gratuite. Je veux être honnête avec vous : les études ne prouvent pas clairement qu'elle fasse des miracles, et certains enfants ne l'aiment pas. Mais elle peut aider, et le principe reste juste. Une police bien lisible, aux lettres nettes et bien différenciées, soulage la lecture. La police Luciole, conçue en France pour les personnes malvoyantes, est une autre option souvent appréciée. L'idée à retenir n'est pas « il faut cette police précise », mais « essayez, et voyez ce qui convient à votre enfant ».
L'espacement. C'est un levier moins connu et pourtant puissant. Quand les lettres et les mots sont trop serrés, ils se gênent les uns les autres, un phénomène que les spécialistes appellent l'encombrement visuel, ou crowding. Aérer le texte, augmenter l'espace entre les lettres, entre les mots et entre les lignes, réduit ce parasitage et rend le déchiffrage plus facile. Sur un livre papier, on ne peut pas toujours agir dessus, mais dès qu'un support le permet, donner de l'air au texte est l'un des gestes les plus efficaces.
La taille du texte. Cela paraît évident, mais un texte plus grand est souvent plus confortable. Ne forcez pas votre enfant à lire dans une petite police au prétexte que « c'est comme ça dans les livres ». S'il déchiffre plus sereinement en grand, laissez-le lire en grand.
Aider l'œil à ne pas se perdre
Au-delà de l'apparence des lettres, un autre obstacle fréquent est de se repérer dans le texte : sauter une ligne, se perdre, ne plus savoir où on en est. Là encore, des aides simples existent.
Le cache de lecture. C'est un outil que les orthophonistes utilisent depuis toujours, dans sa version la plus simple : un morceau de carton avec une fente, qu'on pose sur la page pour ne montrer qu'une ligne à la fois et masquer le reste. En isolant ce que l'enfant est en train de lire, on réduit l'encombrement et on l'aide à ne pas se perdre. Vous pouvez en fabriquer un en deux minutes avec une feuille cartonnée. C'est gratuit, et c'est étonnamment efficace pour certains enfants.
Suivre avec le doigt, ou une règle. Pas de honte à cela. Faire glisser son doigt ou une règle sous la ligne en cours aide beaucoup d'enfants à garder le fil. Ce n'est pas un signe d'immaturité, c'est une béquille utile qui soulage l'attention.
Mettre les syllabes en relief. Découper visuellement les mots en syllabes, par la couleur ou en marquant les coupures, aide à en retrouver la structure. C'est un geste que les enfants voient souvent en classe ou chez l'orthophoniste, avec les petits arcs dessinés sous les mots. À la maison, sur certains textes, vous pouvez le reproduire pour les mots les plus longs.
S'appuyer sur l'oreille autant que sur l'œil
Un enfant dyslexique peut avoir une compréhension et une imagination excellentes ; c'est le déchiffrage qui coince, pas l'intelligence. D'où l'intérêt de ne pas tout faire reposer sur ses yeux.
Écouter une histoire lue à voix haute, par vous ou par un enregistrement, tout en suivant le texte des yeux, aide à faire le lien entre ce qui est entendu et ce qui est écrit. L'enfant accède au plaisir du récit sans être bloqué par l'effort de décodage, et il renforce, mine de rien, la correspondance entre l'oral et l'écrit. La lecture à voix haute partagée, où vous lisez et où il suit, ou vous lisez une phrase sur deux, n'est pas de la triche : c'est une porte d'entrée vers le livre qui maintient l'envie vivante.
L'attitude compte autant que les outils
Les meilleurs aménagements du monde ne serviront à rien si la lecture reste, à la maison, un moment de tension. Quelques principes d'attitude font une énorme différence.
Valorisez l'effort, pas seulement le résultat. Un enfant dys fournit, pour lire une page, un travail que d'autres ne soupçonnent pas. Reconnaissez cet effort, félicitez la persévérance, pas la performance.
Préférez des sessions courtes et régulières à de longues séances. Dix minutes sereines valent mieux qu'une demi-heure qui finit dans les pleurs. Mieux vaut s'arrêter sur une réussite que s'acharner jusqu'à l'échec.
Ne transformez jamais la lecture en punition ou en corvée. Le jour où lire devient une contrainte associée à la frustration, l'enfant fuit le livre, et c'est le contraire du but.
Et laissez-le choisir ce qu'il lit, autant que possible. Un sujet qui le passionne lui donnera l'élan de surmonter la difficulté bien mieux qu'un texte imposé.
Quand consulter, et pourquoi c'est essentiel
Il faut que ce soit dit clairement : tout ce qui précède accompagne, mais ne remplace pas un suivi professionnel. Si votre enfant est déjà suivi par un orthophoniste, ces gestes viennent en soutien de son travail, et vous pouvez d'ailleurs lui demander son avis sur ce qui convient le mieux à votre enfant en particulier.
Et si vous lisez ces lignes parce que vous avez un doute, parce que votre enfant peine à lire sans qu'un diagnostic ait été posé, alors la première étape n'est pas d'acheter une police spéciale ou de fabriquer un cache. C'est d'en parler, à l'enseignant, au médecin, et de consulter un orthophoniste. Un repérage précoce change énormément de choses. Aucune astuce maison ne remplace ce regard professionnel, et le chercher, c'est déjà aider votre enfant.
Ce que je prépare de mon côté
Si j'ai rassemblé tout cela, c'est que le sujet me tient à cœur. En construisant Lecturo, mon application de lecture pour enfants, j'ai voulu aller plus loin et réunir plusieurs de ces aides, la police adaptée, l'espacement, la mise en relief des syllabes, le cache numérique qui isole une phrase, l'accompagnement audio, dans une version pensée spécialement pour les enfants dyslexiques. Elle s'appelle Lecturo Zen, et elle arrive bientôt.
Je la construis en échangeant avec des orthophonistes, parce que je crois qu'un outil comme celui-là ne vaut que s'il est nourri par celles et ceux qui connaissent vraiment la dyslexie. En attendant, j'espère que ces quelques pistes vous aideront, ce soir, à rendre la lecture un peu plus douce pour votre enfant. C'est déjà beaucoup.
Une version de Lecturo pensée pour les enfants dyslexiques, Lecturo Zen, est en préparation. En attendant, Lecturo est disponible pour les 6 à 10 ans.
Découvrir Lecturo sur Google Play