Il y a un cadeau que reçoivent, chaque année, des milliers d'enfants fâchés avec la lecture : un beau roman, choisi avec amour par un adulte persuadé que celui-là, enfin, va déclencher le déclic. Le 25 décembre au soir, le roman rejoint les autres sur l'étagère, la tranche à peine froissée. Et tout le monde est un peu triste : l'adulte qui a vu son cadeau poli-remercié, et l'enfant qui a reçu, au milieu de ses jouets, un petit reproche emballé dans du papier brillant.

Je voudrais vous éviter cette scène. Pas en vous disant de renoncer aux livres, au contraire. Mais en changeant d'angle : pour un enfant qui n'aime pas lire, le bon cadeau n'est presque jamais « un livre », au sens où on l'entend d'habitude. C'est autre chose, de plus malin, et ça existe.

Pourquoi le « beau roman » est le pire cadeau possible pour cet enfant-là

Mettons-nous une seconde à sa place. Cet enfant a construit, souvent malgré lui, une équation simple : lire égale effort, lenteur, échec, école. Quand on lui offre un roman de deux cents pages, on ne lui offre pas une histoire : on lui offre l'objet même de son découragement, en plus gros. Et le message implicite est limpide pour lui : « on aimerait que tu sois un autre enfant que celui que tu es ».

Ce n'est évidemment pas l'intention. Mais c'est la réception. Et c'est pour cela que le cadeau de Noël, ce moment où l'enfant doit se sentir vu et compris, est le pire endroit pour glisser un programme de redressement littéraire. J'ai raconté ailleurs comment je me suis moi-même trompé de combat avec les écrans : c'est la même logique ici. On ne ramène pas un enfant vers les livres en poussant, on l'y ramène en ouvrant des portes.

Le bon cadeau est une passerelle

Ce qu'il faut chercher, c'est un objet qui procure à l'enfant une expérience de lecture réussie sans en avoir l'air. Un objet dont il aura envie pour de mauvaises raisons, si j'ose dire, et qui le fera lire pour de vrai. Les libraires jeunesse connaissent bien cette famille d'objets. La voici.

La bande dessinée. C'est la passerelle reine, et il est temps d'arrêter de la considérer comme de la sous-lecture. Une BD se lit, se relit, s'apprend par cœur. Mortelle Adèle a fait plus pour la lecture des 8-11 ans que bien des campagnes officielles, et des séries comme Ariol ou Anatole Latuile font le même travail en douceur. Pour un préadolescent, le manga joue exactement ce rôle, avec en prime un sentiment d'appartenance : offrir le tome 1 d'une série dont tous ses copains parlent, c'est offrir un ticket d'entrée social qui se trouve être un livre.

L'abonnement à un magazine. C'est mon option préférée, et la plus sous-cotée. Un abonnement à J'aime lire ou à Images Doc, c'est un cadeau qui revient douze fois dans l'année, adressé à l'enfant, avec son nom sur l'enveloppe. Le courrier fait toujours plaisir, le format est court, la pression est nulle. Beaucoup de lecteurs adultes que je connais ont commencé exactement comme ça.

Le cherche et trouve. Aucune ligne à déchiffrer ou presque, et pourtant un vrai travail de lecteur : balayer une page, chercher un détail, tenir son attention. C'est un livre qui se pratique à plusieurs, sur le tapis du salon, et qui installe une idée précieuse : un livre peut être un terrain de jeu.

Le livre-jeu. Escape books, enquêtes à résoudre, histoires dont on est le héros : ici l'enfant lit beaucoup, mais chaque phrase a une utilité immédiate, indice, choix, énigme. La lecture n'est plus la consigne, elle est le moyen. C'est un genre qui me passionne au point que je lui ai consacré un article entier.

Le documentaire sur SA passion. Le foot, les chevaux, l'espace, les dinosaures, les records. Un enfant qui « n'aime pas lire » lit très bien quand le sujet le concerne. Le bon documentaire, avec de vraies images et des textes courts, transforme sa passion en heures de lecture. Méfiez-vous juste des encyclopédies trop épaisses, j'en reparle dans mon article sur les livres de dinosaures.

Le livre audio. En complément et non en remplacement : écouter des histoires nourrit le vocabulaire, le goût du récit, l'envie de connaître la suite. Pour un enfant que le déchiffrage épuise, c'est un accès direct au plaisir, celui qui donne une raison de se battre avec les lettres.

La manière d'offrir compte autant que l'objet

Trois précautions transforment l'essai. D'abord, pas un mot sur la lecture au moment du cadeau. Pas de « tu vois, ça c'est pour te donner le goût de lire ». C'est un cadeau, pas une ordonnance : laissez-le vivre sa vie de cadeau.

Ensuite, offrez aussi autre chose. Le livre-passerelle ne doit pas porter seul la soirée de Noël. Glissé entre deux jouets, il perd son statut d'épreuve et gagne celui de trouvaille.

Enfin, soyez prêt à embarquer avec lui. Un cherche et trouve se joue à deux, un escape book se résout en famille, un premier chapitre se lit à voix haute sous le plaid. Pour un enfant brouillé avec les livres, l'adulte qui s'assoit à côté change toute l'expérience : on lit avec lui, pas au-dessus de lui.

Et le cadeau pour vous, le parent

Si cet enfant qui n'aime pas lire est le vôtre, et que le sujet vous pèse au-delà de la question du cadeau, alors il y a peut-être un deuxième cadeau à faire, à vous-même celui-là. J'ai écrit Mon enfant n'aime pas lire précisément pour ces situations : comprendre le profil de son enfant, identifier le levier qui lui correspond, et suivre un programme concret en six semaines, sans forcer et sans culpabiliser personne. Il se prolonge en ligne par un atelier réservé aux lecteurs. Et pour les 6-10 ans, mon application Lecturo travaille exactement dans le même sens : des histoires interactives où l'enfant fait des choix, pour que lire redevienne un plaisir qui lui appartient.

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Six profils d'enfants, six leviers, un programme en six semaines : le livre pour comprendre pourquoi votre enfant n'aime pas lire, et comment lui redonner envie.

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