« Elle lit "dallon" au lieu de "ballon". Elle écrit son "b" à l'envers. C'est de la dyslexie ? » Cette question, je l'ai déjà vue passer plus d'une fois. Et je me la suis posée moi-même. Un enfant qui confond le b et le d, ça serre le ventre tout de suite, parce qu'on a tous en tête cette idée tenace : les lettres inversées seraient LE signe de la dyslexie.

Alors disons-le franchement, dès la première ligne : dans l'immense majorité des cas, non. Confondre b et d n'est ni un défaut, ni une maladie, ni un verdict. C'est une étape. Et même une étape parfaitement normale du cerveau qui apprend à lire. Voici pourquoi, et à partir de quand, malgré tout, il vaut la peine d'y regarder de plus près.

D'abord, c'est incroyablement banal

Plus de huit enfants de CP sur dix confondent le b et le d à un moment ou à un autre. Ce n'est pas une petite minorité en difficulté : c'est la règle, ou presque. En maternelle, écrire son prénom à l'envers, retourner des lettres, inverser des chiffres, tout cela est attendu et sans la moindre gravité. En CP, les confusions entre b, d, p et q sont la norme.

Autrement dit, si votre enfant s'emmêle entre ces lettres, il est en très bonne compagnie. La quasi-totalité de sa classe passe par là. Ce n'est pas le signe qu'il est à la traîne. C'est le signe qu'il est en train d'apprendre à lire, comme tout le monde.

Pourquoi le cerveau s'emmêle (et pourquoi c'est plutôt bon signe)

L'explication est fascinante, et elle change complètement le regard qu'on porte sur ces erreurs.

Pendant toute la petite enfance, le cerveau apprend une règle très utile : un objet reste le même quel que soit son orientation. Une chaise vue de face, de dos ou renversée, c'est toujours une chaise. Une tasse reste une tasse, que l'anse soit à droite ou à gauche. Le cerveau généralise, et il a bien raison : ça lui évite de tout réapprendre à chaque fois qu'une chose est retournée.

Sauf que la lecture vient tout casser. Pour lire, il faut faire exactement l'inverse : accepter que deux formes identiques au miroir soient deux lettres différentes. Le b et le d, c'est la même forme retournée. Le p et le q aussi. Le cerveau doit donc désapprendre son beau réflexe, et fabriquer une exception rien que pour les lettres.

Ce désapprentissage prend du temps et des efforts. Le neuroscientifique Stanislas Dehaene, qui a beaucoup étudié la lecture, appelle ce phénomène la « généralisation en miroir ». La conclusion est apaisante : quand votre enfant confond b et d, ce n'est pas que son cerveau fonctionne mal. C'est qu'il est en train d'accomplir un travail difficile et précis. La confusion est la trace d'un apprentissage en cours, pas d'un problème.

La chronologie normale, pour vous repérer

Pour situer les choses sans stress, voici le calendrier habituel. En CP, vers 6 ans, les confusions sont fréquentes, et c'est attendu. En CE1, vers 7 ans, elles deviennent occasionnelles. En CE2, vers 8 ans, elles se raréfient. Vers le CM1 et le CM2, entre 9 et 10 ans, elles ont normalement disparu.

Avant 7 ou 8 ans, il n'y a donc, en principe, aucune raison de s'inquiéter. Le phénomène peut même se prolonger un peu jusqu'à 8 ou 10 ans chez certains enfants sans que cela veuille dire quoi que ce soit. Le vrai indicateur, ce n'est pas la présence des confusions, c'est leur pente : est-ce que ça diminue avec le temps ? Si votre enfant se trompe moins qu'il y a six mois, tout va bien. Laissez le temps faire son travail.

Le mythe à déboulonner

Répétons-le, parce que c'est l'idée reçue la plus coriace : les inversions de lettres, à elles seules, ne sont pas un signe de dyslexie. Et cela vaut dans les deux sens. Leur présence ne prouve pas la dyslexie, et leur absence ne l'exclut pas non plus.

La dyslexie ne se repère jamais sur un seul indice. Elle se repère sur un faisceau : plusieurs difficultés, qui persistent, et qui se renforcent les unes les autres. Une confusion b/d isolée, chez un enfant qui progresse par ailleurs, n'est pas un signal d'alerte. C'est juste une étape qui traîne un peu.

Alors, quand y regarder de plus près ?

Il existe tout de même des situations où une conversation avec l'enseignant, puis éventuellement avec un orthophoniste, se justifie. Non pas à cause du b et du d tout seuls, mais parce qu'ils s'accompagnent d'autre chose. Ce sont ces signes, réunis et installés dans la durée, qui méritent l'attention : des confusions qui restent massives et fréquentes bien au-delà de 8 ans sans diminuer ; une lecture très lente et laborieuse depuis des mois, sans progrès ; un enfant qui ne comprend pas ou très mal ce qu'il lit ; une orthographe qui ne « rentre » pas, même après avoir beaucoup travaillé un mot ; des confusions de sons proches à l'oral aussi (p/b, t/d, f/v) ; ou encore une vraie angoisse devant la lecture, des pleurs, un refus systématique.

Si plusieurs de ces signes sont présents et s'installent, parlez-en, sans dramatiser. Un bilan orthophonique fera simplement la part des choses. Et si c'est le déchiffrage lui-même qui reste un combat, j'ai écrit un article à part sur comment aider un enfant dyslexique à lire à la maison.

Ce que vous pouvez faire à la maison (sans en faire une affaire)

La bonne nouvelle, c'est que le meilleur remède est aussi le plus naturel. Le b et le d se démêlent tout seuls, à force de lire et, surtout, d'écrire.

Faites écrire, pas seulement lire. C'est le levier le plus puissant, et il est un peu contre-intuitif. Tracer une lettre, sentir le geste dans la main, apprend au cerveau son orientation bien mieux que de la regarder. La main aide l'œil. Quand votre enfant hésite, faites-lui écrire la lettre en grand : avec le doigt en l'air, dans la farine, sur la buée d'une vitre. Le mouvement fixe le sens.

Une lettre à la fois. Ne travaillez pas le b et le d ensemble, vous entretiendriez la confusion. Ancrez d'abord le b, seul, jusqu'à ce qu'il soit solide. Le d viendra ensuite, sur un terrain déjà stable.

Un repère visuel, toujours le même. Beaucoup d'enfants s'appuient sur une petite astuce : les deux poings devant soi, pouces levés, la main gauche dessine un b et la main droite un d. Peu importe l'astuce choisie, l'important est qu'elle soit simple et qu'elle ne change jamais.

De vrais mots, jamais des lettres isolées. Le b prend son sens dans « ballon », pas dans une ligne de b répétés à l'infini. Ancrez la lettre dans des mots que l'enfant a envie de lire, ceux d'une histoire qui lui plaît.

Court, régulier, et sans pression. Cinq minutes par jour valent mieux qu'une longue séance qui tourne au bras de fer. Et surtout, pas de correction agacée : l'enfant qui a peur de se tromper se trompe davantage. Une confusion n'est pas une faute, c'est une hésitation. Traitez-la comme telle, et elle s'en ira d'autant plus vite.

Ce que ça change pour Lecturo

Je vais être honnête avec vous. Lecturo n'est pas un outil de rééducation du b et du d, et je ne voudrais pas vous le faire croire. Ce que fait l'application est autre chose, et c'est peut-être plus utile ici qu'il n'y paraît. Ces confusions se dissolvent avec une seule chose : lire beaucoup, avec plaisir, sans se décourager. Or c'est exactement ce que je cherche à protéger. Un enfant qui garde l'envie de lire continue de croiser les lettres, encore et encore, et son cerveau finit toujours par trancher entre le b et le d. Le plaisir fait, discrètement, le travail.

Pour les enfants chez qui la confusion s'installe vraiment, dans le cadre d'une dyslexie avérée, je travaille à intégrer dans Lecturo des aménagements dédiés, pensés avec des professionnels. Mais pour l'immense majorité, il n'y a rien à réparer. Juste à lire, et à laisser un peu de temps.

Votre enfant qui écrit son b à l'envers n'est pas en train d'échouer. Il est en plein milieu d'un apprentissage magnifique et compliqué : celui qui consiste à apprendre à son cerveau une exception qu'aucun autre être vivant n'a jamais eu à faire. Laissez-lui le temps. Le b et le d finiront par se ranger, chacun de son côté.

Lecturo est une application de lecture interactive pour les enfants de 6 à 10 ans. Sa promesse n'est pas de corriger, mais de donner envie de lire, encore et encore. Et c'est souvent tout ce dont ces petites confusions ont besoin.

Découvrir Lecturo sur Google Play
← Retour au carnet